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Lundi 12 juin 2006
de Paul Éluard
Ma présence n'est pas ici.
Je suis habillé de moi-même.
Il n'y a pas de planète qui tienne
La clarté existe sans moi.
Née de ma main sur mes yeux
Et me détournant de ma voie
L'ombre m'empêche de marcher
Sur ma couronne d'univers,
Dans le grand miroir habitable,
Miroir brisé, mouvant, inverse
Où l'habitude et la surprise
Créent l'ennui à tour de rôle.
Ce que je te dis ne me change pas,
Je ne vais pas du plus grand au plus petit.
Regarde-moi :
La perspective ne joue pas pour moi.
Je tiens ma place
Et tu ne peux pas t'en éloigner.
Il n'y a plus rien autour de moi
Et, si je me détourne, rien est à deux faces :
Rien et moi.
suricate |
| 2006-06-12 15:04:07
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Mercredi 07 juin 2006
de Paul Éluard
Tes yeux sont revenus d'un pays arbitraire
Où nul n'a jamais su ce que c'est qu'un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d'eau, des perles en placards,
Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue,
Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir
Et s'il semble obéir aux puissances du soir
C'est que ta tête est close, ô statue abattue
Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
Mon désir immobile est ton dernier soutien
Et je t'emporte sans bataille, ô mon image,
Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens.
suricate |
| 2006-06-07 08:16:17
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Dimanche 16 avril 2006
de Charles Péguy
Vous n'avez plus connu les blés involontaires,
Vous n'avez plus connu que de pauvres labours.
Vous n'avez plus connu que de pauvres amours.
Vous n'avez plus connu que des blés réfractaires.
Vous n'avez plus connu les blés inoubliables,
Vous n'avez plus connu que des jours moissonnés.
Et du haut du coteau des pins découronnés.
Et le commencement des jours inexpiables.
Vous n'avez plus connu que des puits tarissables,
Et sur de maigres champs de plus maigres labours.
Et sur de maigres ans de plus maigres amours.
Et du haut du plateau des cèdres pourissables.
Et du haut du péché des âmes corruptibles.
Et du haut de la treille un pampre périssable.
Et du haut de l'orgueil l'envie impérissable.
Et du haut de l'amour des haines putrescibles.
Et du haut du bonheur la mort et l'épouvante,
Et du haut de l'honneur le travail et la peine.
Et du haut de l'amour l'amertume et la haine.
Et la honte maîtresse et la honte servante.
Et du haut de la mort la borne infranchissable,
Et la foi toujours pleine et toujours décevante.
Et du haut du destin le sort inconnaissable.
Et du haut de l'amour une pitié fervente.
Vous n'avez plus connu que le temps dans le lieu.
Vous n'avez plus connu la jeunesse du monde,
Et cette paix du coeur plus lourde et plus profonde
Que l'énorme Océan sous le regard de Dieu.
Vous n'avez plus connu que des biens périssables,
Et la succession et le vieillissement.
Et la procession des maux ineffaçables.
Et le regard voilé d'un appauvrissement.
Et le regard meurtri d'un affaiblissement.
Et sous le même front des yeux méconnaissables,
Et dans les mêmes yeux des pleurs intarrissables
Et les marques de mort et d'amortissement.
Et dans les mêmes yeux un tout autre regard.
Un regard de détresse et d'amoindrissement.
Et sous les mêmes cieux un tout autre hasard.
Un hasard de tendresse et d'avilissement.
Vous n'avez plus connu ce long désarmement
Et le coeur inondé d'une haute splendeur.
Et dans cette amplitude et ce contentement
Tout un monde noyé dans sa propre candeur.
Et ce repos d'un coeur qui ne manque de rien,
Et qui se sait servi de toute éternité,
Et qui reçoit son maître et possède son bien
Dans une solennelle et tremblante unité.
suricate |
| 2006-04-16 22:38:42
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Jeudi 13 avril 2006
de Pedro Calderón de la Barca
Rosaura :
Ah, si je pouvais ne pas le savoir !
Le ciel me garde ! Que ne suis-je
assez prudente et avisée
pour prendre conseil de moi-même
aujourd'hui, en pareille occasion !
Est-il quelqu'un au monde
que le ciel inclément
accable de plus de malheurs,
harcèle de plus de tourments ?
Que faire en une si grande confusion,
où il semble impossible
que je puisse trouver
une raison qui me soulage,
ou un secours qui me console ?
Depuis mon premier malheur,
nul évènement, nulle circonstance
qui ne soit un nouveau malheur ;
les uns aux autres ils se succèdent,
l'un de l'autre héritant sans trêve.
À l'imitation du Phénix,
ils renaissent les uns des autres,
vivant de cela même qui leur donne la mort,
et de leurs cendres le sépulcre
sans cesse demeure embrasé.
Un sage déclarait un jour
que le malheur était un lâche,
car il lui paraissait qu'il ne vient jamais seul ;
moi je dis qu'il est courageux,
car toujours il va de l'avant,
et jamais ne tourne le dos.
Celui que le malheur accable,
peut avoir toutes les audaces,
car il n'a certes pas à craindre
d'en être abandonné jamais.
Je suis placée pour le dire,
car jamais, à aucun instant de ma vie,
les malheurs ne m'ont fait défaut ;
jamais non plus ils n'ont eu de répit
qu'ils ne m'aient vue, blessée par le destin,
dans les bras de la mort.
suricate |
| 2006-04-13 16:59:49
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Vendredi 07 avril 2006
de Saint-Augustin
O Vérité, lumière de mon coeur, faites taire les ténèbres qui
m'enveloppent. Je m'y suis laissé tomber et mon regard s'est
obscurci ; mais du fond de ce gouffre, oui de ce gouffre, je vous
ai ardemment aimée. Dans mes égarements je me suis souvenu
de vous. J'ai entendu votre voix qui, derrière moi, me disait de
revenir, mais j'avais peine à l'entendre à cause du tumulte de
mes passions inapaisées. Et maintenant, voici que, brûlant,
essoufflé, je reviens à votre source. Que personne ne m'en
empêche : j'y boirai et aussi je vivrai. Que je ne sois pas à moi-
même ma propre vie ! J'ai mal vécu par ma faute, j'ai été la
cause de ma mort. En vous je revis ! Parlez-moi, instruisez-moi.
Je crois en vos livres et leurs paroles ont de profonds mystères.
suricate |
| 2006-04-07 13:42:11
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Lundi 03 avril 2006
de François Charron
Je me souviens d'une énigme vivante.
Je me souviens d'une silhouette.
Je me souviens d'une fleur obscure.
La même lampe se déplace toujours.
On saisit des conversations étonnantes.
On ouvre doucement un placard.
Il faudrait briser des barrières.
D'un seul coup le moi cesse.
suricate |
| 2006-04-03 21:57:56
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Vendredi 31 mars 2006
de Victor Hugo
On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;
On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement
En voiture publique à quelque endroit charmant,
En riant aux éclats de l’auberge et du gîte ;
Le regard d’une femme en passant vous agite ;
On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !
On écoute le chant des oiseaux dans les bois ;
Le matin, on s’éveille, et toute une famille
Vous embrasse, une mère, une sœur, une fille !
On déjeune en lisant son journal ; tout le jour
On mêle à sa pensée espoir, travail, amour ;
La vie arrive avec ses passions troublées ;
On jette sa parole aux sombres assemblées ;
Devant le but qu’on veut et le sort qu’on vous prend,
On se sent faible et fort, on est petit et grand ;
On est flot dans la foule, âme dans la tempête ;
Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;
On arrive, on recule, on lutte avec effort… -
Puis, le vaste et profond silence de la mort !
suricate |
| 2006-03-31 14:34:47
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Lundi 27 mars 2006
de Paul Éluard
Derrière moi mes yeux se sont fermés
La lumière est brûlée la nuit décapitée
Des oiseaux plus grands que les vents
Ne savent plus où se poser.
Dans les tourments infirmes dans les rides des rires
Je ne cherche plus mon semlable
La vie s'est affaissée mes images sont sourdes
Tous les refus du monde ont dit leur dernier mot
Ils ne se rencontrent plus ils s'ignorent
Je suis seul je suis seul tout seul
Je n'ai jamais changé.
suricate |
| 2006-03-27 21:18:17
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Vendredi 24 mars 2006
de Victor Hugo
La musique est dans tout. Un hymne sort du monde.
Rumeur de la galère aux flancs lavés par l'onde,
Bruits des villes, pitié de la soeur pour la soeur,
Passion des amants jeunes et beaux, douceur
Des vieux époux usés ensemble par la vie,
Fanfare de la plaine émaillée et ravie,
Mots échangés le soir sur les seuils fraternels,
Sombre tressaillement des chênes éternels,
Vous êtes l'harmonie et la musique même !
Vous êtes les soupirs qui font le chant suprême !
Pour notre âme, les jours, la vie et les saisons,
Les songes de nos coeurs, les plis des horizons,
L'aube et ses pleurs, le soir et ses grands incendies,
Flottent dans un réseau de vagues mélodies ;
suricate |
| 2006-03-24 15:08:40
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Lundi 20 mars 2006
de Victor Hugo
Un refrain joyeux sort de la nature entière ;
Chanson qui doucement monte et devient prière.
Le poussin court, l'enfant joue et danse, l'agneau
Saute, et, laissant tomber goutte à goutte son eau,
Le vieux antre, attendri, pleure comme un visage ;
Le vent lit à quelqu'un d'invisible un passage
Du poëme inouï de la création ;
L'oiseau parle au parfum ; la fleur parle au rayon ;
Les pins sur les étangs dressent leur verte ombelle ;
Les nids ont chaud. L'azur trouve la terre belle ;
Onde et sphère ; à la fois tous les climats flottants ;
Ici l'automne, ici l'été, là le printemps.
suricate |
| 2006-03-20 23:14:40
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Mardi 14 mars 2006
de Roland Giguère
[...]
nous avions beaucoup à faire
nous avions à espérer pour des milliers d'autres
qui n'espéraient plus
nous avions trop à faire
rire et pleurer à la fois
on voyait la vie s'en aller en balançant les hanches
encore fraîche et séduisante
encore provocante
la vie s'en allait
la vie prenait le train de midi
et penchée à la portière elle nous faisait signe de la main
nous nous étions tous rendus à la gare
proprement habillés
chemise blanche et cravate rouge
nous étions au départ de la vie
elle partait
et nous la regardions partir lui souhaitant bonne chance
bon voyage
bon voyage
LA VIE S'EN ALLAIT
et quand elle fut partie on se mit à se regarder
l'un et l'autre tristement les uns les autres
sachant bien qu'elle était partie pour toujours
qu'elle ne reviendrait plus
elle était partie
nous laissant ici
en plein midi
nous ne savions que faire - où aller
tellement habitués nous étions de vivre avec elle
il était midi
nous nous en souviendrons
il était midi
la lune était déjà haute au-dessus de nos fronts
armes blanches à la main
la nuit attaquait de partout
le jour faiblissait
les animaux s'agitaient rugissaient
le ciel rougissait
la forêt vierge hurlait de douleur
le sable absorba autant de vagues qu'il pût
puis se noya
se laissa noyer
à bout de forces
il n'était pas le seul...
NOUS nous étions seuls.
suricate |
| 2006-03-14 14:32:03
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Samedi 18 février 2006
de François Charron
mon regard d'enfant s'enchante pour des riens
je retrouve l'espace inépuisable autour de chaque chose
l'énigme de l'amour ne se consumera pas sans moi
suricate |
| 2006-02-18 14:49:03
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Mercredi 08 février 2006
de Victor Hugo
Où vas-tu ?_ Vers la nuit noire.
Où vas-tu ?_ Vers le grand jour.
Toi ?_ Je cherche s'il faut croire.
Et toi ?_ Je vais à la gloire.
Et toi ?_ Je vais à l'amour.
Vous allez tous à la tombe !
Vous allez à l'inconnu !
Aigle, vautour, ou colombe,
Vous allez où tout retombe
Et d'où rien n'est revenu !
Vous allez où vont encore
Ceux qui font le plus de bruit !
Où va la fleur qu'avril dore !
Vous allez où va l'aurore !
Vous allez où va la nuit !
À quoi bon toutes ces peines ?
Pourquoi tant de soins jaloux ?
Buvez l'onde des fontaines,
Secouez le gland des chênes,
Aimez, et rendormez-vous !
Lorsque ainsi que des abeilles
On a travaillé toujours ;
Qu'on a rêvé des merveilles ;
Lorsqu'on a sur bien des veilles
Amoncelé bien des jours ;
Sur votre plus belle rose,
Sur votre lys le plus beau,
Savez-vous ce qui se pose ?
C'est l'oubli pour toute chose,
Pour tout homme le tombeau !
Car le Seigneur nous retire
Les fruits à peine cueillis.
Il dit : Echoue ! au navire.
Il dit à la flamme : Expire !
Il di à la fleur : Pâlis !
Il dit au guerrier qui fonde :
_ Je garde le dernier mot.
Monte, monte, ô roi du monde !
La chute la plus profonde
Pend au sommet le plus haut. _
Il a dit à la mortelle :
_ Vite ! éblouis ton amant.
Avant de mourir sois belle.
Sois un instant étincelle,
Puis cendre éternellement ! _
suricate |
| 2006-02-08 14:05:31
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Samedi 28 janvier 2006
de Roland Giguère
Iriez-vous
si je vous disais le sombre qui y règne ?
iriez-vous quand même
comme on va cueillir des châtaignes ?
sans souci du soir qui tombe
en ce jardin blême
iriez-vous sans voile sans masque
dans cette faune féroce
comme on va à la noce ?
avec une peur bleue...
je vous crois sur parole.
suricate |
| 2006-01-28 13:06:31
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Jeudi 26 janvier 2006
d'Aragon
Il est sept heures dix une tasse de menthe
À côté de la pendule en cuir refroidit
Je suis seul au matin dont les cendres dormantes
Blanchissent sans pouvoir oublier l'incendie
Je parle à haute voix le langage des vers
Comme si je faisais l'essai de ma folie
D'où me vient-il ce goût puéril et pervers
D'où me viennent les mots que je lie et délie
Qu'est-ce que ce plaisir morose et monotone
Ce passe-temps verbal et qui donc s'y complaît
C'est bien moi je m'entends m'interromps et m'étonne
Et de mes doigts mentaux tombent les osselets
C'est un jour machinal aujourd'hui qui se lève
Je n'attends que le temps dans la chambre où je suis
Le temps s'arrête en moi comme un sang qui fait grève
Et je deviens pour moi comme un mot qui me fuit
Allô
C'est toi J'arrive
suricate |
| 2006-01-26 09:50:56
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Lundi 23 janvier 2006
d'Aragon
[...]
J'ai demandé la poésie au téléphone
Il n'y a pas d'abonné au numéro que vous demandez
J'ai demandé la poésie à l'éclat des armes
Inconnue au régiment
J'ai demandé la poésie au fond d'un verre
Et la soif ne m'est point passée
J'ai demandé la poésie à toutes les portes
On m'a dit Madame est sortie
[...]
J'ai demandé la poésie au carrefour
Il paraît qu'elle était occupée
Occupée à quoi nul ne me l'a dit
Je suis le pauvre qui mendie
Par charité mes bons Messieurs la poésie
[...]
suricate |
| 2006-01-23 10:41:43
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Mardi 17 janvier 2006
de Antonio Machado
Chantez en choeur avec moi : savoir, nous ne savons
rien,
venus d'une mer pleine de mystères, à une mer inconnue
nous irons...
Et entre les deux mystères est la grave énigme ;
une clé inconnue ferme trois coffres.
La lumière n'éclaire rien et le savant n'enseigne rien.
Que disent les mots ? Que dit l'eau du rocher ?
suricate |
| 2006-01-17 11:30:41
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Vendredi 13 janvier 2006
d'Alain Bosquet
Et si le monde était plus vide
qu'un oeuf d'engoulevent
écrasé par la marche d'un orme ?
Et si l'amour était le rêve interrompu
d'un continent qui repousse la mer ?
Et si rien n'existait que ce désordre
de cous tranchés, de plantes rauques,
de scarabées voleurs,
d'objets indéfinis que nul ne peut aimer ?
Approche : un peu de peau
leur servirait d'excuse.
suricate |
| 2006-01-13 15:06:48
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Jeudi 12 janvier 2006
de Roland Giguère
J'irai où vous voudrez
si vos sentiers ont le parfum du thym
je vous promets tout
même si je n'ai rien
j'irai boire la ciguë
au creux de votre main
j'irai jusqu'au bout
de vos marées lointaines
j'irai croyez-moi
dans vos pays les plus froids
je vous construirai des maisons de chaume
de bois de rose ou d'érable piqué
un iglou même
si vous le désirez
demandez-moi tout
pendant que vous m'avez.
suricate |
| 2006-01-12 20:37:32
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Mardi 10 janvier 2006
de François Charron
je n'ai pas honte d'avoir pleuré
les larmes ont exprimé la vie en moi
le larmes ont été ma chance
je les ai méritées
suricate |
| 2006-01-10 14:05:20
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Lundi 02 janvier 2006
d'Aragon
[...]
Faites semblant que c'est toujours janvier
Laissez venir cette mer haute et lente
Laissez grandir en vous comme une plante
Ce doux bonheur facilement brisé
Laissez la force aboutir au baiser
Laissez former le chant dans votre bouche
La main frémir de la main qui la touche
Et regardez dans vos miroirs troublés
Lever en vous la jeunesse du blé
À tous les printemps printemps qui ressembles
Tourne vers moi ce visage qui tremble
Verse ton vin dans mon verre ô printemps
Rends-moi mon coeur ma vie et mes vingt ans
Sombre plaisir des soirs légers demeure
Demeure en moi qui renais et qui meurs
Mue et remue amour en moi qui fuis
Comme une rame au profond de la nuit
En quelle année où sommes-nous mon âme
Tout peut changer mais non l'homme et la femme
Ni ce grand cri ni ce déchirement
Et la stupeur soudaine des amants
Tout peut changer de sens et de nature
Le bien le mal les lampes les voitures
Même le ciel au-dessus des maisons
Tout peut changer de rime et de raison
Rien n'être plus ce qu'aujourd'hui nous sommes
Tout peut changer mais non la femme et l'homme
suricate |
| 2006-01-02 14:56:47
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Samedi 31 décembre 2005
de Roland Giguère
Ce regard ne m'appartient plus
cette voix non plus
qui s'éteint à la fin d'une phrase
déjà oubliée
ce passé s'efface
s'enfonce dans les rainures
disparaît dans les rides
pour ne plus revenir
je ne suis plus ce que j'étais
enfermé dans mes pliures
blessé de l'aile
le point au bout de la ligne
maintenant je trace
des envols nouveaux
je traque l'ombre
dans le nid des oiseaux
j'éclaire aussi
les nuits les plus opaques
le drap noir de l'habitude
les matins gris
la lueur jaillit
au coin de ma table
et mes mots ne sont plus les mêmes
s'ils croisent votre vie
j'ai trop longtemps pleuré
la mort du chêne
maintenant je cultive le cerisier
et j'attends son fruit.
suricate |
| 2005-12-31 09:47:07
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Jeudi 29 décembre 2005
de Antonio Machado
I
Cet amour qui veut être
existera bientôt peut-être ;
mais quand donc reviendra
ce qui vient de passer ?
Aujourd'hui est très loin d'hier.
Hier signifie Plus Jamais.
II
Cette pièce au creux de la main
peut-être faut-il la garder ;
la petite monnaie de l'âme
si on ne la donne, est perdue.
suricate |
| 2005-12-29 22:36:14
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Mercredi 28 décembre 2005
de Roland Giguère
On a beau dire la vie
c'est le temps qui passe
avec son poids de plumes
qui volent dans nos oreillers
on a beau dire un instant
mais voyez ces lignes qui restent
gravées au fronton des champs
et le blé qui bat dans les tempes
tous les mots que nous avons lâchés
nous reviennent comme des cerfs-volants
avec des lettres muettes
qui tombent au moindre vent.
suricate |
| 2005-12-28 15:37:02
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Vendredi 23 décembre 2005
de Paul Verlaine
Du fond du grabat
As-tu vu l'étoile
Que l'hiver dévoile ?
Comme ton coeur bat,
Comme cette idée,
Regret ou désir,
Ravage à plaisir
Ta tête obsédée,
Pauvre tête en feu,
Pauvre coeur sans dieu !
suricate |
| 2005-12-23 15:26:35
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